On entend par microfinance l'offre de services financiers (microcrédit, microassurance, etc.) aux populations pauvres, exclues du système bancaire, sans ressource ni droit de propriété.
Les plus pauvres sont exclus du système bancaire traditionnel parce qu'ils ne sont pas salariés, parce qu'ils n'offrent aucune garantie et sont souvent analphabètes, et parce qu'ils ne représentent pas a priori une population " rentable ". Ils n'ont donc pas accès aux services financiers et notamment à l'épargne et au crédit.
Le microcrédit permet à ces femmes et ces hommes démunis de démarrer une petite activité génératrice de revenus : une microentreprise. Le prêt est ensuite remboursé grâce aux revenus de cette entreprise, qui leur permet aussi parfois d'en épargner une partie, et de financer l'éducation de leurs enfants.
Les institutions qui offrent des services de microfinance sont communément appelées " Banques des Pauvres " ou Institutions de Microfinance. Elles se sont au départ inspirées du système informel qui existait dans les régions en développement. Elles encouragent par exemple le plus souvent les bénéficiaires à former des groupes solidaires, le groupe étant la garantie de remboursement de chacun de ses membres, en reprenant le modèle des tontines en Afrique de l'Ouest, des ROSCA en Afrique Anglophone et en Asie etc…
Les banques des pauvres sont souvent mises en place par des coopératives ou des ONG (Organisations Non Gouvernementales) indépendantes ; elles peuvent aussi prendre la forme de programmes d'associations humanitaires ou d'organisations internationales ou, plus rarement, être des filiales de banques commerciales.
En 2002, plus de 2 milliards de personnes survivent avec moins de 2 Euros par jour. On estime que, grâce à la microfinance, plus de 500 millions d'entre eux pourraient démarrer leur propre activité et sortir de la pauvreté. Pourtant aujourd'hui, les bénéficiaires de microcrédit dans le monde sont moins de 30 millions.
La microfinance existe sous diverses formes depuis des siècles. Mais elle ne se structure réellement que depuis une trentaine d'années. Dans les années 60 et 70 apparaissent des programmes de prêts à faible taux, dont le principe est repris par les Banques des Pauvres sous leur forme actuelle. Mais ces premières tentatives sont des échecs relatifs.
Un des premiers succès reconnus de Banque des Pauvres est la Grameen Bank. Son fondateur, Muhammad Yunus a notamment décidé de fixer des taux d'intérêt suffisamment hauts pour permettre de couvrir les frais (accorder un prêt de 50 € demande autant de personnel et de ressources qu'un prêt de 1000 € !). Il a également concentré la Grameen Bank sur un nombre restreint d'activités (l'épargne et le prêt de petites sommes, essentiellement). Enfin, il a choisi de demander aux emprunteurs de s'organiser en groupes de cinq personnes solidaires (qui se réunissent toutes les semaines pour rembourser leurs prêts et échanger leurs points de vue sur leur utilisation).
L'idée de la Grameen Bank est venue à Muhammad Yunus lorsqu'il prêta de sa poche l'équivalent de 26 $ à 42 femmes exploitées comme rempailleuses de chaises. Face à leur enthousiasme et au fait qu'elles remboursent tous leurs prêts dans les délais, il décida d'étendre son système à plusieurs villages du Bangladesh. En 1983 l'institution devint une banque. Elle est aujourd'hui présente dans près de 36 000 villages et prête à plus de 3 500 000 personnes !
L'institution a constaté que les prêts accordés aux femmes sont plus souvent remboursés, ont davantage d'effets bénéfiques sur les conditions de vie des enfants et ont donc un impact social plus important. 94% des clients de la Grameen Bank sont des femmes.
A partir de l'exemple de la Grameen Bank, des Banques des Pauvres se sont développées sur tous les continents. On en trouve actuellement dans 85 pays. Mais alors que dans certains pays les besoins sont couverts (comme au Bangladesh et en Bolivie), la plupart des régions les plus peuplées n'ont quasiment aucun accès aux services de microfinance. Pour ne citer que le cas latino-américain, les pays les plus peuplés -Brésil, Mexique, Argentine- sont parmi les moins bien lotis.
Jusqu'à présent, il semble que les Banques des Pauvres se soient développées dans des pays ayant un minimum de stabilité politique et économique. La plupart des grands pays où il n'y a pas d'IMF sont ceux qui connaissent des conflits internes ou ceux qui ne reçoivent que très peu de soutien international. Il en existe aussi dans des pays développés, comme aux Etats-Unis et en France.
Au total, il existe aujourd'hui près de 7000 Banques des Pauvres, dont environ 1 500 sont reconnues internationalement et soutenues par des ONG. Elles ont 44 millions d'épargnants et environ 23 millions d'emprunteurs , soit au total 54 millions de membres.
Et les conditions de remboursement sont souvent excellentes. Par exemple, au Maroc en 2002, les 11 Institutions de Microfinance du pays ont soutenu plus de 180 000 clients, et les prêts ont globalement été remboursés à 100 % ; au Bangladesh, la Grameen Bank sert plus de 2 millions de clients, avec un taux de remboursement supérieur à 97%.